Peut-on boire l’eau du robinet en toute sécurité ?
Qui est responsable de sa qualité ?
Le cadre juridique de l’eau en France est très rigoureux. L’eau est un des produits alimentaires les mieux surveillés.
Qu'est-ce que l'eau potable ?
Une eau est considérée comme potable, si sa consommation n'entraîne aucun risque pour la santé et si elle est agréable à boire. L’eau du robinet est potable. La qualité de l’eau du robinet prend en compte une soixantaine de paramètres types, classés en six groupes.
Un paramètre est un élément analysé au niveau de la composition de l’eau (présence et quantité). Pour chaque paramètre est déterminée une limite de qualité, qui fixe la quantité supérieure à ne pas dépasser. La limite de qualité est traduite par la CMA (concentration maximale admissible).
Les CMA fixées par le Ministère de la Santé sont issues de la transcription en droit français de directives européennes.
Les CMA prennent en compte :
- La santé publique : absence de risque pour la santé,
- Le confort des consommateurs : goût agréable, eau transparente et équilibrée en sels minéraux.
Les CMA s’appuient en général sur les DMA (doses maximales admissibles), c’est-à-dire sur la quantité qui peut être absorbée quotidiennement et sans danger par un individu tout au long de sa vie (calculée pour une consommation de deux litres d’eau par jour pendant 70 ans). Les DMA sont établies par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).
Un dépassement ponctuel n’a pas de conséquences sur la santé, mais les dépassements chroniques peuvent être préjudiciables, essentiellement pour des personnes fragiles (nourrissons, personnes âgées, malades).
Les principaux troubles engendrés par le dépassement de certains seuils sont, pour les dépassements ponctuels : des vomissements, des diarrhées et pour les dépassements répétés et continus : des effets cancérigènes, etc…
La soixantaine de paramètres analysée par la DDASS pour la potabilité de l’eau est classée dans six groupes comme suit : (CCA fiche 2)
Les paramètres organoleptiques :
Couleur, odeur, saveur, turbidité (aspect trouble de l'eau).
Incidence : Aucun effet sur la santé, ce sont essentiellement des critères de confort.
Les paramètres physico-chimiques :
Caractéristiques de l'eau liées à son parcours naturel.
Incidence : La variation de ces caractéristiques n'est pas dangereuse pour l'homme, mais peut causer des désagréments (goût altéré, corrosion des canalisations...).
Exemples Limite de qualité
pH 6,5 à 9
Chlorures 250 mg/l
Sulfates 250 mg/l
Les paramètres concernant les substances indésirables :
Leur origine peut être liée aux activités humaines ou au parcours naturel de l'eau.
Exemples Limite de qualité
Nitrates 50 mg/l
Fer 0,2 mg/l
Fluor 0,7 à 1,5 mg/l
Incidence : Certaines sont bénéfiques à notre organisme mais leur présence en excès ou à trop faible dose peut parfois être préjudiciable à la santé.
Les paramètres toxicologiques :
Les CMA tolérées pour ces produits dans l’eau du robinet sont infimes.
Exemples Limite de qualité
Arsenic 0,01 mg/l
Cadmium 0,005 mg/l
Plomb 0,01 mg/l
Incidence : Les limites fixées sont en général bien inférieures aux seuils tolérés par notre organisme.
Les paramètres microbiologiques :
La qualité microbiologique de l’eau du robinet et principalement la présence de coliformes ou de streptocoques, germes indicateurs d’une contamination, sont très surveillées. La contamination par des micro-organismes constitue la principale cause de non-conformité des eaux distribuées. Dans l’eau potable, la présence de germes non pathogènes est admise.
Exemples Limite de qualité
Coliformes 0 dans 95 % des analyses
Streptocoques fécaux 0/100 ml
Coliformes fécaux 0/100 ml
Les pesticides et produits apparentés :
Ils ne devraient pas être présents dans l’eau. Les limites adoptées sont liées aux effets sanitaires et environnementaux possibles.
Exemples Limite de qualité
Insecticides, herbicides…
Par substance 0,0001 mg/l
Pour le total des 0,0005 mg/l
substances mesurées
Incidence aussi à travers les aliments et la voie aérienne (pulvérisation du produit). Leur élimination hors de notre organisme est très lente et à long terme ils peuvent avoir des effets cancérigènes.
Les prélèvements et analyses
Ils sont effectués et analysés par un laboratoire agréé et accrédité par le COFRAC (Comité Français d’Accréditation), sous la tutelle de la DDASS. En Alsace, le centre d’analyse et de recherche d’Illkirch est agréé par les ministères de l’Environnement et de la Santé pour le contrôle sanitaire des eaux.
Le type et la fréquence des analyses réglementaires sont définis en fonction :
- du débit journalier distribué,
- de la nature de l’eau (souterraine ou superficielle) : une eau superficielle est traitée et plus souvent contrôlée.
- de l’existence d’un traitement : une eau désinfectée est analysée en moyenne deux fois plus souvent qu’une eau non désinfectée.
- du nombre de personnes desservies : les prélèvements ont lieu chaque jour pour une collectivité regroupant plus de 300 000 habitants, ils n’ont lieu que six fois par an pour une collectivité de 2000 habitants. L’eau distribuée dans une collectivité de 500 habitants est analysée deux fois par an si elle n’est pas traitée ; les contrôles seront effectués quatre fois par an si elle subit un traitement.
La qualité de l’eau variant peu, les contrôles prévus dans l’année suffisent pour surveiller l’évolution de la qualité de la ressource.
Quels traitements sont réalisés ?
Selon la qualité de l’eau captée, son traitement est préventif ou curatif.
- Il est préventif pour garantir que l’eau demeure potable pendant toute sa distribution.
Le traitement préventif consiste en la désinfection, dont le but est d’éliminer les micro-organismes pathogènes susceptibles de nuire à la santé des consommateurs.
Le plus souvent, c’est le chlore qui est utilisé comme désinfectant pour l’eau du robinet. Ce goût d’eau javellisée est peu apprécié des Français mais sécurisant pour les Américains. Il peut être atténué en plaçant l’eau dans un récipient fermé au réfrigérateur pendant une heure.
- Il est curatif lorsqu’il faut traiter l’eau pour la rendre potable.
Pour le traitement curatif, les doses de désinfection sont plus importantes.
Pour les eaux superficielles, des traitements plus ou moins élaborés sont souvent nécessaires :
1. Filtration des grosses particules à l’aide de grilles.
2. Floculation : agglomération des particules.
3. Décantation : les particules agglomérées se déposent au fond des grands bassins (décanteurs).
4. Filtration des particules plus fines à travers un lit de sable ou sur du charbon actif pour les micros polluants.
5. Désinfection finale.
Des traitements de neutralisation et d’élimination du fer ou du manganèse sont parfois nécessaires pour des questions matérielles ou de confort.
Qui est responsable de la qualité de notre eau du robinet ?
L’Etat décide des grandes orientations relatives à la politique de l’eau, dans le cadre des directives européennes.
Au niveau national, plusieurs ministères sont concernés dont :
- Le ministère de la santé,
- Le ministère de l'environnement,
- Le ministère de l'agriculture.
Au niveau local, ce sont les préfets qui veillent à l’application des réglementations, en s’appuyant notamment sur des organismes tels que :
- les DDASS (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales),
- les DDAF (Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt),
- les DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement),
- les DIREN (Direction Régionale de l’Environnement), qui interviennent dans le domaine de l’eau.
Le préfet et la DDASS définissent les programmes de contrôles réglementaires. Les qualités chimiques, physiques et bactériologiques de l’eau sont analysées. Les analyses bactériologiques et physico-chimiques sont dites « sommaires », « réduites » ou « complètes » selon le nombre de paramètres étudiés. |